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21 January 12

J’ai testé “comprendre comment Génération Y consomme et produit de la musique”

 

J’avoue que l’affaire MegaUpload, que le FBI a fermé manu militari ne m’a pas laissé indifférent. MegaUpload est une plateforme de stockage et d’échange de fichiers musicaux et cinématographiques, où les internautes, d’un simple clic, peuvent puiser et y lire ce qu’ils y cherchent, plus ou moins gratuitement, mais dans tous les cas, de manière “illégale”.

Ma première réaction a été une réaction épidermique, non pas sur la fermeture du site, mais sur le fait que la plupart des gens de ma TL sur twitter ne puissent plus lire (pirater) leurs séries, leurs films, leur musique. Je me suis senti seul, car si je n’utilise pas MU, je dois être resté sur une planète où on va chez le disquaire pour s’approvisionner en musique, au cinéma pour voir les films, et chez le libraire pour y trouver ses livres.

Et j’ai eu une discussion avec Génération Y, qui elle, voit les choses très differement, et consomme de la musique en la téléchargeant, en joue aussi. Confrontation des points de vue. 

Tout d’abord, elle est assez d’accord avec moi, sur le volet cinéma et séries. Un film ou une série, c’est une industrie, bien évidemment, si on télécharge des films et des séries, la pérénité de l’ensemble économique est mise à mal, avec un risque, c’est que cette industrie s’effondre. Génération Y souligne malgré tout qu’il n’y a jamais autant eu de gens au cinéma, devant la télé, de ventes de DVD, malgré le piratage. Une question. Comment expliquer ce paradoxe ?

Vient l’épineux problème de la musiqueDans ma génération, pour écouter de la musique, il fallait acheter des disques (noirs), puis sont apparus les CD, puis les fichiers MP3. Déjà dans ma jeunesse, on copiait les disques sur des cassettes audio, puis on a fait de la copie de CD à CD, et maintenant, on peut acheter légalement (ou pas) des fichiers MP3, qui sont par définition transportables et copiables. Le disque existe toujours, mais des rumeurs indiqueraient qu’il vit ses dernières heures. Dans mon esprit, un artiste est protégé par la maison de disques, qui va lui permettre de travailler, de produire sa musique sur support analogique ou numérique, d’en faire la promotion, de la distribuer et la vendre. C’est l’industrie musicale. Dans un second temps, des concerts seront préparés, soit pour assoir la notoriété de l’artiste, soit pour produire un disque live, soit pour faire la promotion du disque qui sort. Dans notre génération, on parle d’industrie du disque. 

Pour la génération Y (la génération des 18/24 ans aujourd’hui), consommer de la musique et produire sa musique ne rentre pas dans cette culture industrielle, et donc n’a pas du tout la même logique. Premier point, elle est passionnée de musique (l’échantillon génération Y avec qui j’ai parlé est installé à Paris, étudiants, créateurs de musique et tous passionnés).

Cette génération a assisté à une cassure il y a 4 ou 5 ans, dans la manière de consommer la musique, en estimant que l’industrie du disque, était une industrie commerciale, mais qu’il y avait aussi des passionnés de musique au point d’en faire, de remplir les (petites et moyennes) salles, et qui échange dans le monde entier sa musique.On comprend mieux pourquoi il y a eu une levée de bouclier dans la part des majors, qui sont de fait en grand danger, car ils n’ont pas vu venir la véritable mutation actuelle. Des lois sont apparues pour interdire le téléchargement illégal, alors que la génération Y souhaite être vue et écoutée justement par ce biais !

Ce que pense la génération Y :

On ne vivra pas de notre musique, donc, on la partage sur internet et ce gratuitement” (court-circuitage des canaux classiques de visibilité et de rentabilité)

On va au concert, c’est le but premier de la musique” (translation de l’ère industrielle de la musique, vers une ère de spectacle et de consommation IRL, en opposition au téléchargement)

On télécharge beaucoup de musique car elle doit être gratuite si on veut être connu et apprécié”.

On crée de la musique et on en télécharge nous-même. Paradoxe ? Non ! Plus on sera téléchargé, plus on sera sûr d’être écoutés. Plus on sera visible et téléchargé - et donc écoutés-, plus on a de chances de remplir nos propres concerts si on en organise” (Translation des médias classiques commerciaux, vers des supports de diffusion de masse, gratuit, sur lesquels on s’appuie pour aiguiser ses goûts musicaux, ou se faire connaitre)

A la question : “oui, mais s’il n’y a plus de maison de disques, comment les artistes actuels vont vivre ?

Réponse génération Y : “Espérer vivre de la musique est un leurre aujourd’hui, il vaut mieux d’abord se faire connaitre en masse via internet. De plus, les maisons de disques produisent de la musique commerciale, qui passe sur des radios commerciales, les canaux sur lesquels notre musique ne passera pas, car hors cadre commercial. Seul compte la visibilité et la diffusion à l’échelon mondial, gratuitement, pour échnager avec des groupes du monde entier, et pour pouvoir les voir en concert, ce qui est le but premier de la musique : la jouer en vrai

Bim. La claque.


J’avoue que ce discours clair et passionné m’a un peu bousculé, car moi non plus, je n’ai pas vu venir le truc.

Ma consommation de musique est pourtant multiple, à savoir, ma discothèque (dans laquelle je puise peu, je me retrouve avec des disques datés que je ne peux plus écouter), lamédiathèque, qui me permet d’emprunter des CD et pourquoi pas d’en copier un de temps en temps pour la voiture, la radio, qui ne passe que de la soupe, internet via Deezer, qui me permet d’écouter en streaming des disques que je n’irais pas acheter car ça coûte cher. Et les concerts, auxquels j’assiste avec plaisir. Mais pas de téléchargement dits illégaux.

Génération Y me demande pourquoi acheter de la musique, je n’en serai pas propriétaire de toute façon… 

Nos points de vue convergent donc vers le fait que la consommation de musique est multiple et immédiate, qu’elle soit produire par des grandes maisons de disques, ou qu’elle soit disponible gratuitement sur le blog du petit groupe de passionnés qui cherche à se faire de l’audience et une petite notoriété.

Le monde a donc changé et j’ai rien vu venir, même si mon comportement s’est adapté sans que je m’en rende compte.

Punir les gens qui téléchargent, du point de vue de la nouvelle génération, est une hérésie donc, puisque Génération Y passe par le canal téléchargement pour diffuser, les seuls que les lois protègent sont les derniers résistants d’un monde qui a aujourd’hui disparu.

Permettre le téléchargement est donc souhaité par la génération Y, qui a des outils formidables en main pour diffuser en masse, partout dans lemonde, sans passer par des maisons de disques qui vont niveler les goûts des gens pour les rendre commerciaux.

Reste à savoir si la musique est inventive dans ces conditions, on assiste déjà à unbouleversement des mentalités, c’est sûr.

Quant aux politiques, ils sont vieux et ont deux voire trois générations de retard. Il est donc inutile d’essayer de leur faire comprendre ce que pense la nouvelle génération, de comment elle envisage son avenir musical. Des petits labels indépendants apparaissent, qui produisent des disques vinyls (l’une des personne a fait presser quelques centaines de galettes vinyls pour son concert, comme on ferait quelques centaines de flyers pour faire savoir dans l’ancien temps qu’il y a un concert, mais il ne faut pas se tromper : sur chaque disque vinyl, il y a bien sûr l’adresse du serveur sur lequel on peut aller télécharger gratuitement le disque en version numérique)…   

  1. petitscarabee posted this
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